Bureau des Mines et de l’Energie (BME) – Bulletin sismique pour la période allant du 1er au 31 Août 2021

Le bilan sismique pour la période allant du 1er au 31 août 2021, basé sur les événements enregistrés par les réseaux sismologiques nationaux (Ayiti-seismes et UTS) et régionaux (Cuba, Jamaïque et République Dominicaine), fait état de 595 séismes. L’activité sismique au cours de cette période est cependant dominée par la survenue, le 14 août 2021 à 8h 29mn 07s, heure locale (UTC – 4), d’un séisme de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter.

Selon les premiers calculs, l’épicentre de cet événement a été localisé sur le système de failles Enriquillo Plantain Garden à 18.49o de latitude nord et -73.59o de longitude ouest, à une profondeur de 10 km. Ce séisme s’est produit dans le département des Nippes, plus précisément dans la commune des Baradères à 12 km de Saint-Louis du Sud, 6 km de L’Azile et 10 km de Petit Trou de Nippes. Les répliques qui en résultent, au nombre de 578 au 31 août 2021, ont leur épicentre localisé sur les départements des Nippes, du Sud et de la Grand’Anse avec des magnitudes allant de 1.4 à 5.8. Elles risquent de se produire pendant encore plusieurs semaines à des fréquences et des magnitudes de plus en plus faibles. L’Unité Technique de Sismologie (UTS) du Bureau des Mines et de l’Energie (BME) rappelle donc à toute la population en général que la prudence est toujours de mise.

Depuis 2015, les données enregistrées par l’UTS montrent un réveil de l’activité sismique au niveau des segments de failles qui parcourent cette zone et qui semblent avoir été endormis depuis la séquence des répliques liés au tremblement de terre du 27 octobre 1952. Pour rappel, le mardi 13 octobre 2015, à 7h58 am, une panique a été déclenchée dans cette zone suite à une légère secousse sismique de magnitude 4.6. Cette dernière dont l’épicentre a été localisé en mer à 9 km au nord de la ville de Anse-à-Veau a été particulièrement ressentie dans les communes d’Anse-à-Veau, de Petite-Rivière de Nippes, de Baconnois et d’Arnaud. En 2019, ce département a été le 3e plus sollicité après le sud-est et l’ouest avec 26 séismes à son actif sur 301 au total.

L’année 2021 a déjà vu se produire 34 séismes de magnitude allant de 1.8 à 4.7 au niveau de ce même département jusqu’au mois de juillet. De telles observations indiquent un réveil des segments de failles qui parcourent cette zone et qui semblent avoir été endormis depuis la séquence des répliques du séisme du 27 octobre 1952. C’est donc dans le souci de contribuer à la prévention du risque sismique dans la zone de Anse-à-Veau que le projet « PRD ARES EQ risk Haïti » a été mis sur pied, en juin 2019, bien avant le séisme du 14 août, par l’Université de Liège, l’Université de Namur en Belgique et l’Unité de Recherche en Géosciences de la Faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti, en collaboration avec le Bureau des Mines et de l’Energie. Deux thèses de doctorat sont en cours dans le cadre de ce projet : l’une, à l’Université de Liège, ayant pour objectif la construction de modèles géologiques pour la réalisation des simulations de secousses sismiques à l’aide de données géophysiques et d’outils géostatistiques au niveau de la commune de Anse-à-Veau et l’autre, à l’Université de Namur, axée sur le comportement social de la population par rapport au risque sismique.

Le séisme du 14 août 2021 s’est produit 11 ans après celui du 12 janvier 2010 et frappa la portion sud-ouest d’Haïti en touchant particulièrement 3 départements : la Grand’Anse, les Nippes et le Sud. Les effets notés sont des glissements de terrain, des chutes de blocs, des ruptures de sols en surface. Des dégâts énormes ont été enregistrés : 2248 morts, 12763 blessés, 329 personnes disparues 53815 maisons détruites et 83770 maisons endommagées, d’après le bilan de la Direction Générale de la Protection Civile. Des chiffres qui, d’un point de vue nominal, sont nettement inférieurs à ceux occasionnés par le séisme du 12 janvier 2010 mais élevés lorsque l’on considère la magnitude relativement modérée du séisme et la densité de population et des habitats dans les zones affectées.

Par ailleurs, si le séisme du 12 janvier 2010 a été une surprise pour la population haïtienne qui n’était pas habituée à ce phénomène naturel et dont la mémoire n’a pas été entretenue, celui du 14 août 2021 n’en était pas vraiment une, étant donné qu’il s’est produit 11 ans après le 12 janvier 2010 et moins de 3 ans après le séisme du 6 octobre 2018 qui a lieu dans le département du Nord-Ouest.

Les plus forts dommages ont été enregistrés dans le département du sud, en particulier les villes des Cayes, Camp-Perrin et Maniche. D’après la carte géologique au 1/250000 d’Haïti de Boisson et Momplaisir, 1987, les facies de la ville des Cayes et d’une bonne partie de Camp-Perrin et Maniche sont constitués par des alluvions quaternaires. Une étude de microzonage sismique de la ville des Cayes effectuée en 2014 par Betegard Jeudi a mis en évidence des sols de classe C dans les régions montagneuses dont les vitesses les plus élevées sont de l’ordre 650 m/s. Toujours selon cette même étude, les zones se trouvant en plaine sont encore plus fragiles avec des sols de classe D caractérisés par des vitesses allant de 180 à 350 m/s. Et des sols de catégorie E avec des vitesses atteignant 140 m/s sont aussi retrouvés au niveau des côtes (cf : Figure 3 ci-dessous). Ainsi, mis à part d’autres facteurs comme la qualité des constructions ou celle des matériaux utilisés pour ces constructions, la nature et la faible vitesse de ces sols constituent des paramètres ayant pu contribuer à la distribution des dégâts observés aux Cayes et dans des zones similaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *