La résilience de la compagnie DIGICEL Haïti : un modèle à exploiter pour réduire la vulnérabilité de votre entreprise

Présentation

Digicel Group est une entreprise qui évolue dans le secteur des télécommunications au niveau de la Caraïbe, de l’Amérique centrale et de l’Asie-pacifique. Cette entreprise a été fondée en 2001 par l’entrepreneur Irlandais Denis O’Brien. Elle fournit ses services dans 32 marchés allant de la Jamaïque à Papouasie en passant par le Paname, le Salvador, le Surinam, la Guadeloupe, etc.

La Digicel a commencé à opérer en Haïti en 2006. Elle est membre de l’AGERCA (Alliance pour la Gestion des Risques et la Continuité des Activités) qui est une alliance qui regroupe plusieurs entreprises du secteur privé dans l’objectif principal de renforcer la Gestion des Risques de Désastre en Haïti.

Pendant ses 15 ans d’opérations en Haiti, la Digicel a su résister à bon nombre de difficultés qu’elle gère grâce à son système de prévention et sa capacité d’anticipation. Après chaque expérience, les responsables retiennent les leçons pour perfectionner leur système et cela la rend plus forte et plus résiliente face aux différents risques auxquels elle est exposée dans ce pays. Pour développer une culture de résilience au sein des entreprises qui évoluent en Haïti, il serait pertinent de capitaliser sur le modèle de résilience de la Digicel.

Un modèle de résilience physique pour son bâtiment

La résilience physique est la capacité d’un bâtiment à résister à un choc naturel ou anthropique. Avant l’évènement tragique du 12 janvier 2010, la connaissance sur les normes parasismiques n’était pas trop répandue dans les constructions en Haïti même si certaines personnes savaient pertinemment que le pays a un niveau élevé de risque sismique.

Par rapport à ce niveau élevé de sismicité, la construction du bâtiment de 12 étages qui abrite la compagnie Digicel Haïti, a été construite en respectant scrupuleusement les normes internationales parasismiques. En termes de résultat positif, ce bâtiment n’a pas été effondré lors des 35 secondes du séisme de magnitude 7,3 du 12 janvier 2010.

Certainement, il y a eu quelques incidents au niveau du réseau, ce qui est indépendant du bâtiment. Le séisme a touché un des cœurs du réseau, en mettant hors service le système de refroidissement d’un de ses centres de commutation situé à côté du bâtiment, à Turgeau.

Pour renforcer cette résilience, la Digicel a remplacé le centre de commutation qui était en place le 12 janvier par un autre qui peut résister pendant trente minutes à un tremblement de terre de magnitude 10 sur l’échelle de Richter, ce qui n’a jamais encore été mesurée.

Cette décision a montré comment la Digicel met en avant la construction de sa résilience pour être toujours ferme en temps normal comme en pleine crise.

Un modèle de résilience pour les aléas hydrométéorologiques

Le secteur de la télécommunication dans lequel évolue la compagnie Digicel est un secteur très vulnérable face aux risques hydrométéorologiques. Généralement, lorsqu’il y a de forts vents et de pluie diluvienne, on constate parfois des coupures au niveau de la communication dans certaines zones car les antennes et les fibres optiques sont parfois coupés. Mais la rapidité avec laquelle les dégâts sont réparés prouvent encore le niveau de résilience de la compagnie face aux épreuves. C’est le cas lors du passage de l’ouragan Mathew en 2016 dans le grand Sud d’Haïti.

Pour se préparer face au risque que représente les ouragans pour cette entreprise, les responsables ont mis en place un plan de contingence aux ouragans.  Il s’agit d’un processus global de planification d’urgence en cas d’ouragan et couvre la saison cyclonique qui commence le 1er juin et se termine le 30 novembre de chaque année. Ce plan a pour but d’organiser tout le personnel de la Digicel pour se préparer efficacement et, si nécessaire, répondre à toute situation inhabituelle créée par une tempête tropicale ou un ouragan. En termes d’objectif, il vise à minimiser les effets d’un ouragan en atteignant un état de préparation avant l’arrivée de l’ouragan, et pour une restauration/démarrage rapide et efficace de l’entreprise après le passage de l’ouragan.

Un comité de gestion de crise composé d’un représentant ou une représentante de haut niveau de chaque secteur de l’entreprise est à la base du monitoring de ce plan.

Comment la DIGICEL supporte son personnel avant et après un ouragan ?

Afin de réduire l’impact des catastrophes, la Digicel a établi une gouvernance pour renforcer l’état de préparation de la Digicel et améliorer leur support aux employés avant et après une catastrophe.

En termes de support au personnel, avant l’ouragan, la Digicel :

  • Établit et noue des relations avec les fournisseurs de services médicaux ;
  • Identifie les besoins logistiques et les considérations culturelles du personnel ;
  • Planifie des services d’interprétation et de traduction ;
  • Identifie et forme leur personnel de secours pour fournir des conseils, faire le tri des personnes affectées, la sensibilisation et l’éducation lors d’une catastrophe ;
  • Forme les gestionnaires sur la façon d’aider leurs équipes à faire face aux catastrophes.

Après l’ouragan, la Digicel :

  • Donne au personnel des occasions de se réunir ensemble (team building) ;
  • Promeut la disponibilité de ressources d’adaptation telles que les psychologues et les médecins, et fournir un accès à ces ressources ;
  • Surveille le stress mental à long terme dans l’environnement de travail et le trouble de stress post-traumatique ;
  • Met en œuvre une directive générale de rémunération pour les marchés affectés ;
  • Offre à tous les membres du personnel éligibles un prêt de secours en cas de catastrophe pouvant aller jusqu’à 3 mois de salaire de base avec un taux d’intérêt de 0%, à rembourser dans un délai de 18 mois ;
  • Accorde à tout le personnel éligible 5 jours de congé supplémentaire à prendre dans les 90 jours suivant la fin de la désignation de sinistre.

Appel à l’action pour construire des entreprises résilientes

Les dirigeants d’entreprise qui évoluent en Haïti savent pertinemment l’exposition et la susceptibilité de ce pays d’être affecté par une menace naturelle ou anthropique. Ils ont grandement intérêt à investir dans la construction de la résilience de leur entreprise face à ces menaces pour éviter toutes situations de détresse qui peuvent causer la fermeture temporaire ou permanente de leur institution.

Ce qui est pertinent dans la démarche de la résilience de la Digicel, les responsables accordent la priorité à leur personnel en leur supportant avant et après un ouragan. Cela montre qu’on ne peut pas construire une entreprise résiliente sans prendre en compte le personnel qui assure les opérations.

Le modèle de résilience de la compagnie Digicel est un modèle à exploiter pour construire celle de votre entreprise. Il faut tout simplement l’adapter à votre secteur d’activité. Si les entreprises en Haïti, notamment les Petites et Moyennes Entreprises (PME) décident d’intégrer cette culture de résilience dans leur plan stratégique annuel, nous aurions une communauté d’entreprise résiliente qui peut résister à toute éventuelle situation de catastrophe.

Dès maintenant, réfléchissez à l’intégrer dans votre plan !!

Sources : UNDRR et DIGICEL

One thought on “La résilience de la compagnie DIGICEL Haïti : un modèle à exploiter pour réduire la vulnérabilité de votre entreprise

  1. David Defourneaux Reply

    Je voudrais rendre hommage à l’équipe grâce à laquelle nous avons construit ce bâtiment, notamment l’architecte Christian Dutour et l’entreprise GDG Béton, et toute l’équipe des Opérations, RH de Digicel avec laquelle nous avons défini et mis en oeuvre lors des “émeutes de la faim” notre plan de continuité de l’activité : Evelyn Théard, Réginald Amédée, Bob Bazile, Shelim Dorval, Jennifer McConnell, William Mondésir, Hermo Mondésir, Marjorie Saint-Lot.
    — David Defourneaux, Directeur des Opérations 2007-2008.

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